L’article de Rosanna Gorris Camos, Le gui, l’hellébore et le dictame crétois : la philosophie des plantes chez Montaigne, publié dans le volume XXXIV de la prestigieuse revue Montaigne Studies, explore les nombreux et complexes « visages » du végétal dans Les Essais, où les objets d’étude de l’auteur ne sont pas seulement l’homme et l’animal, mais aussi les plantes, « de la pomme au chou », de « l’herbe vive aux ananas jaune », devenant dans l’œuvre du magistrat bordelais des véritables « révélateurs du fonctionnement du monde ». Propriétaire terrien et lecteur érudit des plus grands philosophes botanistes de l’Antiquité, parmi lesquels Columelle et Théophraste, Montaigne fait des plantes, des fruits, des herbes qui poussent dans ses Essais un « objet de connaissance » encore à découvrir et à étudier, mais surtout un « sujet » par lequel mettre en cause la suprématie de l’homme sur la nature. Rosanna Gorris Camos analyse de manière détaillée ce travail de bouleversement de la scala naturae qui traverse les Essais, travail qui se nourrit des traités des auteurs les plus érudits de l’Antiquité et de son temps, tels que Lucrèce ou Nicolas Monardès, en relevant que c’est dans la « nature mouvante » des plantes, se traduisant dans une véritable transformation de la matière, qui réside l’instrument par lequel Montaigne sonde les lois de la physique et du corps. Une attention particulière est consacrée à certains végétaux, tels que le chou, qui « cristallise plusieurs tensions du discours de Montaigne », ou le melon, dont les pouvoirs thérapeutiques se révèlent appropriés pour la maladie de l’auteur, faisant du monde végétal, avec ses mouvements et ses transformations constants, l’autre moyen par lequel il accomplit sa « dénonciation de l’anthropocentrisme ». En même temps, la « vitalité dynamique » de certaines images végétales, telles que celle du gui suçant la lymphe de l’arbre, se fait miroir des saisons de la vie de l’homme, en particulier la vieillesse, à laquelle Montaigne veut « donner un nouvel élan ». Les plantes acquièrent ainsi, dans Les Essais, une signification extrêmement complexe : si elles constituent, d’un côté, l’indice des réflexions scientifiques du magistrat de Bordeaux, elles deviennent le plus souvent l’occasion de proposer au lecteur des méditations, philosophiques et littéraires, cristallisant les lectures, les expériences intimes, les hésitations, la maladie et la souffrance du premier essayiste de France.

Le gui, l'hellébore et le dictame crétois: la philosophie des plantes chez Montaigne

Rosanna Gorris Camos
2022

Abstract

L’article de Rosanna Gorris Camos, Le gui, l’hellébore et le dictame crétois : la philosophie des plantes chez Montaigne, publié dans le volume XXXIV de la prestigieuse revue Montaigne Studies, explore les nombreux et complexes « visages » du végétal dans Les Essais, où les objets d’étude de l’auteur ne sont pas seulement l’homme et l’animal, mais aussi les plantes, « de la pomme au chou », de « l’herbe vive aux ananas jaune », devenant dans l’œuvre du magistrat bordelais des véritables « révélateurs du fonctionnement du monde ». Propriétaire terrien et lecteur érudit des plus grands philosophes botanistes de l’Antiquité, parmi lesquels Columelle et Théophraste, Montaigne fait des plantes, des fruits, des herbes qui poussent dans ses Essais un « objet de connaissance » encore à découvrir et à étudier, mais surtout un « sujet » par lequel mettre en cause la suprématie de l’homme sur la nature. Rosanna Gorris Camos analyse de manière détaillée ce travail de bouleversement de la scala naturae qui traverse les Essais, travail qui se nourrit des traités des auteurs les plus érudits de l’Antiquité et de son temps, tels que Lucrèce ou Nicolas Monardès, en relevant que c’est dans la « nature mouvante » des plantes, se traduisant dans une véritable transformation de la matière, qui réside l’instrument par lequel Montaigne sonde les lois de la physique et du corps. Une attention particulière est consacrée à certains végétaux, tels que le chou, qui « cristallise plusieurs tensions du discours de Montaigne », ou le melon, dont les pouvoirs thérapeutiques se révèlent appropriés pour la maladie de l’auteur, faisant du monde végétal, avec ses mouvements et ses transformations constants, l’autre moyen par lequel il accomplit sa « dénonciation de l’anthropocentrisme ». En même temps, la « vitalité dynamique » de certaines images végétales, telles que celle du gui suçant la lymphe de l’arbre, se fait miroir des saisons de la vie de l’homme, en particulier la vieillesse, à laquelle Montaigne veut « donner un nouvel élan ». Les plantes acquièrent ainsi, dans Les Essais, une signification extrêmement complexe : si elles constituent, d’un côté, l’indice des réflexions scientifiques du magistrat de Bordeaux, elles deviennent le plus souvent l’occasion de proposer au lecteur des méditations, philosophiques et littéraires, cristallisant les lectures, les expériences intimes, les hésitations, la maladie et la souffrance du premier essayiste de France.
Montaigne/ plantes/philosophie/Essais
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