L’article Le voile de Timanthe : Jephté ou le vœu de Florent Chrestien, une tragédie de la solitude, qui s’insère dans le prestigieux volume « Une honnête curiosité de s’enquérir de toutes choses ». Mélanges en l’honneur d’Olivier Millet, explore les multiples facettes d’une figure biblique qui a particulièrement intéressé les écrivains du XVIe siècle : « Seila ou Iphis », la seule fille de Jephté, vainqueur des Ammonites, qui fut offerte en sacrifice à Dieu à cause du « stultum votum » de son propre père. Destinée à devenir dans les récits de la Renaissance le véritable paradigme de la victime innocente, morte comme une nouvelle Iphigénie ou une nouvelle Polixène, Iphis est une figure qui fascine les poètes, les dramaturges et les traducteurs de l’époque : de George Buchanan, publiant sa Iepthes sive votum tragoedia en 1554, à Claude Vesel, rédigeant deux années plus tard la première traduction française de la pièce de l’écrivain écossais ; de Florent Chrestien, qui partage avec Buchanan tout un réseau littéraire et éditorial, des passions comme celle pour l’hellénisme, la poésie latine, la traduction des Psaumes et qui traduit sa Iephtes en 1567, à la Complainte de Rivaudeau, parue en 1566. Rosanna Gorris Camos analyse de manière approfondie et détaillée dans ce travail les enjeux qui sous-tendent tous ces ouvrages, consacrés au même sujet, mais visant des objectifs différents, en examinant les stratégies littéraires adoptées par les auteurs et les questions fondamentales parcourant leurs écrits : à partir de la christianisation du sujet opérée par Buchanan, jusqu’à la réflexion sur la légitimité des vœux, qui partageait les humanistes de l’époque, en passant par le thème du sacrifice, un geste aussi choquant que certains écrivains ont préféré l’interpréter comme « une consécration ». L’article met donc en lumière le fait que l’histoire de Jephté et de sa fille cristallise, au XVIe siècle, une série de tensions contemporaines, politiques et morales, ainsi que de discussions théologiques, en démontrant, en particulier, que si Buchanan, dans sa Iephtes, aborde de nombreux “nœuds” religieux et moraux, le plus souvent par une frappante ironie, parmi lesquels l’idolâtrie, l’immortalité de l’âme, l’incertitude de l’homme devant sa nature imparfaite, les parents qui s’arment contre leur fils, les traducteurs, et notamment Florent Chrestien, retravaillent toutes ces thématiques, souvent de manière plus radicale et violente, et ajoutent des éléments nouveaux comme, par exemple, celui du voile, le voile couvrant une vérité terrible dans la tragédie de Chrestien et incarnant le drame d’un père qui se fait symbole du « drame de l’existence de l’homme » chez Rivaudeau. Iphis-Seila acquiert ainsi, dans ces œuvres, « une nouvelle identité, bien plus complexe », qui véhicule implicitement les idéaux et les inquiétudes de ses auteurs, auteurs parfois déterminés à concentrer dans l’histoire de ce personnage la situation politique et religieuse de la fin des années 1560, comme dans le cas de la Jephté ou le vœu de Florent Chrestien, et d’autres fois, comme dans la Complainte de Rivaudeau, désireux de sonder les symptômes d’une véritable crise identitaire en acte, affectant les hommes qui « aspirent à dépasser les misères du monde ».

Le voile de Timanthe : Jephté ou le vœu de Florent Chrestien, une tragédie de la solitude

Rosanna Gorris
2021

Abstract

L’article Le voile de Timanthe : Jephté ou le vœu de Florent Chrestien, une tragédie de la solitude, qui s’insère dans le prestigieux volume « Une honnête curiosité de s’enquérir de toutes choses ». Mélanges en l’honneur d’Olivier Millet, explore les multiples facettes d’une figure biblique qui a particulièrement intéressé les écrivains du XVIe siècle : « Seila ou Iphis », la seule fille de Jephté, vainqueur des Ammonites, qui fut offerte en sacrifice à Dieu à cause du « stultum votum » de son propre père. Destinée à devenir dans les récits de la Renaissance le véritable paradigme de la victime innocente, morte comme une nouvelle Iphigénie ou une nouvelle Polixène, Iphis est une figure qui fascine les poètes, les dramaturges et les traducteurs de l’époque : de George Buchanan, publiant sa Iepthes sive votum tragoedia en 1554, à Claude Vesel, rédigeant deux années plus tard la première traduction française de la pièce de l’écrivain écossais ; de Florent Chrestien, qui partage avec Buchanan tout un réseau littéraire et éditorial, des passions comme celle pour l’hellénisme, la poésie latine, la traduction des Psaumes et qui traduit sa Iephtes en 1567, à la Complainte de Rivaudeau, parue en 1566. Rosanna Gorris Camos analyse de manière approfondie et détaillée dans ce travail les enjeux qui sous-tendent tous ces ouvrages, consacrés au même sujet, mais visant des objectifs différents, en examinant les stratégies littéraires adoptées par les auteurs et les questions fondamentales parcourant leurs écrits : à partir de la christianisation du sujet opérée par Buchanan, jusqu’à la réflexion sur la légitimité des vœux, qui partageait les humanistes de l’époque, en passant par le thème du sacrifice, un geste aussi choquant que certains écrivains ont préféré l’interpréter comme « une consécration ». L’article met donc en lumière le fait que l’histoire de Jephté et de sa fille cristallise, au XVIe siècle, une série de tensions contemporaines, politiques et morales, ainsi que de discussions théologiques, en démontrant, en particulier, que si Buchanan, dans sa Iephtes, aborde de nombreux “nœuds” religieux et moraux, le plus souvent par une frappante ironie, parmi lesquels l’idolâtrie, l’immortalité de l’âme, l’incertitude de l’homme devant sa nature imparfaite, les parents qui s’arment contre leur fils, les traducteurs, et notamment Florent Chrestien, retravaillent toutes ces thématiques, souvent de manière plus radicale et violente, et ajoutent des éléments nouveaux comme, par exemple, celui du voile, le voile couvrant une vérité terrible dans la tragédie de Chrestien et incarnant le drame d’un père qui se fait symbole du « drame de l’existence de l’homme » chez Rivaudeau. Iphis-Seila acquiert ainsi, dans ces œuvres, « une nouvelle identité, bien plus complexe », qui véhicule implicitement les idéaux et les inquiétudes de ses auteurs, auteurs parfois déterminés à concentrer dans l’histoire de ce personnage la situation politique et religieuse de la fin des années 1560, comme dans le cas de la Jephté ou le vœu de Florent Chrestien, et d’autres fois, comme dans la Complainte de Rivaudeau, désireux de sonder les symptômes d’une véritable crise identitaire en acte, affectant les hommes qui « aspirent à dépasser les misères du monde ».
Jephté/Florent Chrestien/Iphis/Tragédie
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Utilizza questo identificativo per citare o creare un link a questo documento: http://hdl.handle.net/11562/1046623
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